15 mai 2026 — Concorso d’Eleganza Villa d’Este, Lac de Côme
Il est des soirs où l’Italie semble retenir son souffle. Mai glisse sur les eaux du lac de Côme comme une caresse, et les jardins de la Villa d’Este s’illuminent d’une lumière qui n’appartient qu’à elle, ce mélange d’or et de lavande que seuls les photographes savent capturer mais que les poètes, eux, savent reconnaître. C’est dans ce décor de carte postale et de nostalgie que BMW a choisi de dévoiler la Vision BMW ALPINA, un concept-car qui n’est pas tout à fait un concept-car, plutôt une déclaration d’intention, une lettre d’amour adressée à ceux qui croient encore que la voiture peut être autre chose qu’un simple outil.
Le cadre n’a rien d’anodin. Le Concorso d’Eleganza Villa d’Este n’est pas un salon automobile. C’est un bal costumé où les carrosseries d’antan côtoient les prototypes les plus exclusifs, où les millionnaires en mocassins sirotent du prosecco en commentant la courbe d’une aile arrière comme on réciterait un vers de Dante. C’est ici, dans ce temple de l’élégance, que la première création officielle du nouveau BMW ALPINA — la marque fraîchement intégrée au groupe BMW depuis janvier 2026 — a choisi de révéler son visage. Et quel visage.
L’héritage d’un visionnaire
Pour comprendre ce que cette voiture porte sur ses épaules, il faut remonter le fil du temps jusqu’à Burkard Bovensiepen, un ingénieur passionné qui, dans les années 1960, regardait les BMW de série et se disait qu’elles méritaient mieux. Pas plus de puissance à tout prix — non, ce n’était jamais ça, le rêve d’Alpina. Ce que Burkard voulait, c’était la performance sans l’inconfort, la vitesse sans la brutalité. Une voiture qui traverse l’Allemagne à 250 km/h tout en vous laissant arriver frais comme une rose, capable d’enchaîner les kilomètres d’autoroute sans vous briser les vertèbres.
Cette quête, presque philosophique, a donné naissance à une lignée de voitures mythiques : la B7 Coupé, la B10 BiTurbo, la B5 — des machines rapides, certes, mais habillées de velours. Alpina, c’était le gentleman speedster, l’aristocrate de la vitesse. Pendant soixante ans, la petite entreprise de Buchloe a cultivé cette identité unique, jusqu’à ce que BMW décide, en 2022, de l’acquérir pour en faire sa marque de luxe intermédiaire, positionnée entre les M survoltées et l’extravagance de Rolls-Royce.
La Vision BMW ALPINA est donc le premier manifeste de cette nouvelle ère. Et il est signé Max Missoni, l’ancien designer en chef de Polestar, désormais responsable du design des gammes intermédiaires, luxe et ALPINA chez BMW. Avec lui, Alex Innes, ancien artisan des chefs-d’œuvre de Rolls-Royce Coachbuild — celui qui a imaginé la Boat Tail et la La Rose Noire Droptail — a également prêté sa patte. Le pedigree est royal.
Le design comme poésie
La première chose qui frappe, c’est la stature. La bête mesure 5,20 mètres de long — presque autant qu’une Série 7 — mais ses proportions de grand coupé lui confèrent une agilité visuelle que les chiffres ne laissent pas deviner. Le capot s’étire, la ligne de toit plonge, la caisse semble tendue comme une toile de voilier prise dans le vent. C’est une voiture qui avance même à l’arrêt.
Le museau, Missoni l’appelle le « shark nose » — le nez de requin, une référence directe aux Alpina des années 1970. La calandre, ces fameux reins BMW, sont ici fermés. Pas pour faire joli : pour affirmer que le caractère de la voiture ne dépend plus de sa bouche d’aération. Les reins flottent, rétro-éclairés, avec un espace entre eux et la carrosserie qui leur donne une légèreté presque surnaturelle. Il faut regarder deux fois pour comprendre qu’ils ne sont pas ouverts. C’est ça, le génie des « second-read details » : les détails qui se révèlent au deuxième regard.
Et puis il y a la « speed feature line » — cette ligne de vitesse qui naît au niveau du bouclier avant et parcourt toute la carrosserie en s’élevant de six degrés, inexorablement, avant de s’enrouler autour des feux arrière. Elle ne fait qu’un seul geste, mais ce geste dit tout : la tension, l’élan, la promesse d’un départ. À l’intérieur, cette même ligne se prolonge comme une couture invisible, séparant le monde sombre et technologique du haut de l’habitacle de l’univers plus clair et plus luxueux du bas.
Les jantes, mesdames et messieurs. Les jantes Alpina à vingt branches — 22 pouces à l’avant, 23 pouces à l’arrière — sont aussi emblématiques que le museau du requin. Missoni raconte qu’il n’y a même pas eu débat : elles devaient être là. Mais elles ont été redessinées, avec des branches qui s’étirent plus loin vers le bord, donnant à la roue une présence qu’elle n’avait jamais eue auparavant. Ce n’est plus un détail : c’est une déclaration.
Les secrets du « Second Read »
Les deco-lines. Ces fameuses bandes bleu et vert qui courent le long des flancs d’Alpina depuis des décennies. Savez-vous d’où elles viennent ? D’un ski. En 1974, Burkard Bovensiepen tombe amoureux du Fischer C4 — le ski qui allait offrir la médaille d’or olympique à Franz Klammer en 1976. Le motif graphique de ce ski le fascine à tel point qu’il demande à son équipe de l’adapter pour les voitures de course Alpina de l’époque.
Ce geste — un homme amoureux du graphisme d’un ski — est devenu l’un des codes stylistiques les plus reconnaissables de l’automobile. Et sur la Vision ALPINA, pour la première fois, la deco-line a cessé d’être un autocollant. Elle est peinte sous le vernis, intégrée à la surface comme une ligne de carrosserie sur une Rolls-Royce. Adieu l’adhésif, bienvenue dans la cour des grands.
La couleur s’appelle « alpine mist » — le brouillard alpin. Une teinte désaturée entre le vert-sauge et le gris-vert, qui évoque les nuages accrochés aux sapins dans les Alpes bavaroises. Elle est difficile à capturer en photo ; elle vit dans la lumière réelle, dans les reflets changeants d’un après-midi nuageux. Encore une fois, il faut être là.
Un habitacle qui tutoie l’horlogerie
Ouvrir la portière, c’est pénétrer dans un autre monde. L’habitacle de la Vision ALPINA n’a rien à voir avec le minimalisme aseptisé des voitures électriques modernes. Ici, on mise sur l’épaisseur, la matière, le temps qui passe et qu’on prend. Le cuir pleine fleur provient de fournisseurs de la région alpine. Les coutures « bridge stitches » — ces points de finition appliqués à la main — reprennent les couleurs bleu et vert de la deco-line, mais dans des tons adoucis, comme si le temps avait patiné les pigments.
Les commandes physiques ? Du cristal taillé. Pas du plastique chromé, du vrai cristal, dont les facettes captent la lumière ambiante et la renvoient en mille éclats. L’instrumentation, c’est le nouveau Panoramic iDrive de BMW — un affichage qui court sur toute la largeur du pare-brise — mais revu dans les tons Alpina, avec une interface qui privilégie la lisibilité et la sérénité.
Et puis il y a ce détail qui fera fondre les cœurs les plus endurcis : dans la console arrière, deux verres à whisky en cristal se déploient verticalement lorsqu’on actionne un mécanisme caché. Ils se posent sur la surface en bois, où des aimants les maintiennent en place. Et lorsqu’on les touche, ils s’illuminent. Inutile. Absolument inutile. Et absolument magnifique. C’est ça, Alpina : des détails qui ne servent à rien si ce n’est à rappeler que la vie est trop courte pour boire dans un verre en plastique.
Les modes de conduite ? Oubliez Sport et Sport+. Ici, on choisit entre Comfort+, Speed et Speed+. Le nom dit tout. Alpina ne vous prépare pas à la guerre : elle vous invite au voyage rapide, enveloppé dans un cocon de velours.
La philosophie : « un conducteur confortable est un conducteur plus rapide »
Cette phrase, prononcée par Adrian van Hooydonk, le directeur du design BMW Group, résume à elle seule la philosophie de la marque renaissante. La Vision ALPINA n’est pas un missile. Elle est propulsée par un V8 essence — pas d’hybridation, pas de compromis, juste huit cylindres qui chantent dans l’échappement ovale signature. Les ingénieurs ont travaillé la sonorité pour qu’elle soit « riche et profonde », comme les Alpina d’antan, sans jamais devenir agressive.
« Alpina a toujours représenté une idée très spécifique de la performance et du raffinement, où la vitesse et le confort sont des ambitions complémentaires », explique van Hooydonk. Notre rôle, en tant que nouveaux gardiens de cette marque, est de préserver cette singularité et de la modeler pour un contexte contemporain. »
C’est une vision rare dans l’industrie automobile actuelle, où la course aux chiffres — chevaux, autonomie, 0 à 100 — écrase souvent toute poésie. Alpina rappelle que l’automobile n’est pas qu’une affaire de spécifications techniques. C’est une expérience, une relation intime entre un conducteur et sa machine.
Entre BMW et Rolls-Royce, Alpina renaît
Positionnée entre les BMW M — brutales, acérées, sportives — et les Rolls-Royce — opulentes, sereines, presque ostentatoires — la nouvelle BMW ALPINA occupe ce terrain magique où la performance n’exige pas de sacrifice. C’est la voiture du PDG qui veut traverser l’Europe en un temps record sans avoir mal au dos. C’est la voiture du collectionneur qui aime la conduite mais déteste le cirque des envahir.
Le premier modèle de production basé sur la Série 7 est attendu pour 2027. Son prix estimé — entre 250 000 et 350 000 euros — le place exactement là où il doit être : inaccessible sans être indécent, désirable sans être vulgaire.
Sur les rives du lac de Côme, alors que le soleil disparaissait derrière les montagnes et que les invités vidaient leurs coupes de champagne, la Vision BMW ALPINA brillait de cette lumière particulière que seule la beauté sait produire. Elle était là, silencieuse, parfaite, promettant que la voiture de luxe n’avait pas dit son dernier mot. Que dans un monde qui va trop vite, il est encore possible de prendre son temps pour aller vite.
— Article original GoodCia —

