Le 1er avril 2026, à 22h35 UTC, quatre astronautes ont décollé du pas de tir 39B du Kennedy Space Center en Floride. Objectif : rallier la Lune. Cinquante-quatre ans après le dernier survol habité de notre satellite naturel, la mission Artemis II de la NASA a réussi son pari. Retour sur un vol qui marque une nouvelle ère pour l’exploration spatiale habitée.
Un équipage historique pour une mission inédite
Artemis II est la première mission habitée à s’aventurer au-delà de l’orbite terrestre basse depuis Apollo 17 en décembre 1972. À bord de la capsule Orion, baptisée Integrity par l’équipage, quatre astronautes ont effectué un vol circumlunaire de 9 jours, 1 heure et 32 minutes.
Le commandant Reid Wiseman, le pilote Victor Glover et les spécialistes de mission Christina Koch et Jeremy Hansen — ce dernier étant astronaute de l’Agence spatiale canadienne — constituent l’équipage le plus diversifié jamais envoyé vers la Lune. Victor Glover est devenu la première personne noire, Christina Koch la première femme, et Jeremy Hansen le premier citoyen non américain à voyager aussi loin de la Terre. Reid Wiseman, quant à lui, est devenu l’astronaute le plus âgé à franchir cette distance.
Lors du survol lunaire, le 6 avril, la capsule a atteint une distance maximale de 406 771 kilomètres de la Terre, battant le record détenu par Apollo 13 (400 171 km). L’image de la Terre vue depuis la fenêtre d’Orion, surnommée Earthset, a fait le tour du monde.
Un vaisseau construit de part et d’autre de l’Atlantique
La mission repose sur deux piliers techniques majeurs. La capsule Orion elle-même, conçue et fabriquée par Lockheed Martin, embarque l’équipage et les systèmes critiques. Son module de service européen (ESM), construit par Airbus Defence and Space, assure la propulsion, le contrôle thermique et la fourniture d’énergie. C’est la première fois qu’un vaisseau habité vers la Lune embarque un module de service non américain.
Le lanceur Space Launch System (SLS), le plus puissant jamais construit par la NASA, a propulsé Orion en orbite terrestre avant une injection translunaire réussie le 2 avril. La trajectoire choisie était une trajectoire de retour libre, similaire à celle empruntée par Apollo 13 en 1970 : elle garantit que le vaisseau revient vers la Terre sans nécessiter d’allumage moteur supplémentaire en cas d’urgence.
Validation des systèmes en conditions réelles
Si Artemis II ne s’est pas posée sur la Lune — c’est le rôle d’Artemis IV, prévu pour 2028 — elle n’en était pas moins cruciale. L’objectif principal était de valider tous les systèmes du vaisseau Orion en environnement réel : navigation, support de vie, communications, manœuvres orbitales. Chaque opération a été scrutée en direct par les équipes au sol.
Le retour sur Terre s’est déroulé le 10 avril (11 avril à 00h07 UTC) avec un amerrissage dans l’océan Pacifique au sud-ouest de San Diego. Le navire de récupération USS John P. Murtha a récupéré l’équipage et la capsule en moins d’une heure, concluant une mission que la NASA a qualifiée de succès total.
Au-delà de la technique, l’état d’esprit général qui a accompagné la mission a été résumé par un terme qui a émergé pendant le vol : la Moon joy — cette joie palpable, partagée en direct par des millions de personnes, de voir des humains quitter à nouveau le berceau terrestre.
Et après ?
Artemis II n’est qu’une étape. Le programme Artemis de la NASA, lancé en 2017, vise à établir une présence humaine durable sur la Lune. La prochaine mission clé, Artemis III, testera l’amarrage d’Orion avec un atterrisseur lunaire en orbite terrestre. Artemis IV, prévue pour 2028, devrait poser des astronautes sur le sol lunaire pour la première fois depuis 1972.
Avec le succès d’Artemis II, les États-Unis, le Canada et les partenaires européens du programme ont démontré que l’infrastructure est opérationnelle. La route vers la Lune est désormais ouverte. Et cette fois, l’humanité compte bien y rester.
Sources : NASA – Artemis II, Wikipedia Artemis II, The Planetary Society

